« La leçon de Tchernobyl n’a pas été apprise »

Interview de Svetlana Alexievitch, écrivaine biélorusse, revient pour «Libération» sur une croyance aveugle.

En avril 1986, Tchernobyl bouleverse le monde. Svetlana Alexievitch, l’auteure de l’insoutenable mais essentiel Supplication Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse, s’interroge sur les avertissements de l’histoire restés sans effet. Elle se confie à Libération.

«J’avais parfois l’impression de noter l’avenir», écriviez-vous. Cet avenir est-il advenu ?

Dans Rêves d’Akira Kurosawa [1990, ndlr], toutes les centrales atomiques japonaises explosent. Les gens continuent leur vie, boivent du thé, mais sont déjà condamnés. Cette mort invisible est déjà en train de s’immiscer dans leur sang, leur corps. Ce film est devenu une prophétie. Nous payons un prix trop élevé pour le progrès, pour une civilisation bâtie sur le confort et l’aisance de l’homme. La haute technologie est au service de la faiblesse humaine. Mais cette civilisation de la consommation ne peut pas être éternelle, elle ne peut que se terminer tragiquement. C’est intéressant, presque mystique : le jour de la tragédie, au Japon, les gens attendaient, hystériques, toute la nuit, pour acheter un nouveau gadget qu’Apple venait de lancer. Et pendant ce temps avait lieu ce terrible accident. Il rappelle que l’ancien système de valeurs ne fonctionne plus. Nous sommes sur la voie de l’autodestruction. J’ai eu immédiatement des images de Tchernobyl devant les yeux, les routes goudronnées, les câbles électriques qui ne mènent nulle part. Ne restait que l’herbe, les arbres, la nature.

Vous vous étiez posé la question de savoir si les liquidateurs, à Tchernobyl, étaient des héros ou des suicidaires. Qu’en pensez-vous, à l’aune de la culture japonaise ?

Là aussi, je vois beaucoup de ressemblance avec ce qui s’est passé chez nous. La culture japonaise est fondée sur le collectif, elle aussi. L’individu en tant que tel n’existe pas vraiment, mais se reconnaît comme une partie d’un tout. La Seconde Guerre mondiale était déjà loin, mais j’ai eu l’impression, lors de mes visites au Japon, que si le besoin surgissait, chacun s’oublierait soi-même, et serait prêt à mourir. Exactement comme les Russes. J’étais présente dans la zone, à Tchernobyl, quand le sarcophage était édifié. On disait, de manière totalement pragmatique : cette opération coûtera tant de vies humaines, cette autre en coûtera tant. C’était un calcul professionnel.

Avons-nous tiré les leçons de Tchernobyl ?

Je me suis rendue sur l’île Hokkaido, au Japon, dans la centrale nucléaire de Tomari. Je l’avais d’abord vue le matin de la fenêtre de mon hôtel. C’était une vision fantastique, un site cosmique futuriste au bord de l’océan. J’ai rencontré des employés de la centrale, qui m’ont demandé de raconter Tchernobyl. Pendant mon récit, ils avaient des sourires polis, manifestaient de la compassion. «Bien sûr, c’est terrible pour les gens, mais c’est la faute au totalitarisme. Chez nous, cela n’arrivera jamais. Notre centrale est la plus exemplaire, la plus sûre, tout est parfaitement étudié.» Face à cet orgueil technogène de l’homme, l’idée d’un pouvoir sur la nature, j’ai compris que la leçon de Tchernobyl n’avait pas été apprise par l’humanité.

Pourquoi ?

On a dit que c’était la faute au laisser-aller des Russes, à la mentalité soviétique, au totalitarisme. Les Russes ont tout volé, tout était mal construit… Mais voilà la deuxième leçon atomique, quand tout se passe dans le pays le plus développé techniquement, dans les centrales les plus sécurisées… Ce n’est pas une tragédie que pour le Japon, mais pour toute l’humanité. Nous avons atteint cette frontière où, très clairement, nous ne pouvons plus accuser personne, ni le soviétisme ni le totalitarisme. L’homme doit reconnaître le caractère limité de ses possibilités. La nature est plus puissante, elle commence à se venger dans un combat inégal. J’ai entendu la même chose à Grenoble, lors d’une rencontre avec des spécialistes français. «Chez nous, c’est impossible. Chez vous, à l’Est, où la vie tangue entre le bordel et le baraquement…» Avant l’explosion à Tchernobyl, l’académicien Anatoli Alexandrov avait déclaré que les centrales soviétiques étaient tellement sûres que nous pouvions les construire sur la place Rouge. Etonnant comme cette arrogance des savants atomistes a pu survivre si longtemps.

Cette fois, le monde se posera peut-être les bonnes questions ?

Rien ne change. Je viens d’arriver à Minsk pour apprendre qu’il y a deux jours, un accord a été signé pour que la Russie construise une centrale nucléaire en Biélorussie, à Ostrovets, une zone dépeuplée depuis un tremblement de terre de magnitude 7, en 1909. Pendant que le monde entier est vissé aux écrans de télévision pour suivre le désastre au Japon, les journaux de Minsk se félicitent du deal avec la Russie, de la future centrale qui sera «la plus sûre du monde». Ironie du sort, la Biélorussie, qui a le plus souffert de Tchernobyl, est en train de se lancer dans le nucléaire. Mieux : le chef de l’agence fédérale Rossatom, Sergueï Kirienko, se vente de voir la Russie construire des centrales nucléaires offshore, pour les vendre à l’Indonésie, au Vietnam. Imaginez, dans l’océan, quelques dizaines de petites Hiroshima flottantes…

Tchernobyl était une sorte de mystère. Aujourd’hui, le monde entier regarde Fukushima en temps réel…

Mes amis japonais m’écrivent qu’ils ont l’impression qu’on ne leur dit pas tout. Le pouvoir craint la panique. Le problème, c’est moins la dissimulation que le désarroi. Gorbatchev ne comprenait pas ce qui se passait. Il a rassemblé les meilleurs scientifiques de l’atome et les a envoyés à Tchernobyl. Ils s’y promenaient en bras de chemise, sans se protéger. Les premiers pompiers sont arrivés sans protection non plus, et sont morts dès les premiers jours. En URSS, tu devais sacrifier ta vie pour la patrie. Sans l’Etat totalitaire, la catastrophe de Tchernobyl aurait aussi recouvert l’Europe. Il n’y aurait pas eu ces ressources humaines gigantesques, une telle armée de liquidateurs. Dans l’espace post-soviétique, l’Ukraine, séparée de la Biélorussie et de la Russie, ne s’en serait pas sortie. Et ces gens prêts à intervenir à mains nues n’existent plus. L’homme accorde de la valeur à sa vie. En plus, ce n’était pas la première fois que le totalitarisme sauvait le monde. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le totalitarisme soviétique s’est avéré plus solide que l’allemand. La vie humaine ne coûtait rien et grâce à ça, Hitler a été vaincu et Tchernobyl a été colmatée. Au Japon, il y a le même élément de désarroi. Même si les plus grands cerveaux du monde travaillent au problème de Fukushima, ils se heurtent à des difficultés que l’homme et la science ne peuvent pas résoudre aujourd’hui. L’homme n’a jamais voulu prendre en compte la modicité de ses moyens. Cette énergie qu’il a débridée, il ne la contrôle pas complètement. Nous ne savons toujours pas ce qui se passe vraiment sous le sarcophage de Tchernobyl. Seuls 3% des éléments contenus dans le réacteur se sont dissous dans l’air. 97% y sont encore. Désormais, le régime politique – totalitarisme ou libéralisme comme au Japon – n’a plus grande importance. Ce qui en a, ce sont les relations entre l’homme et les hautes technologies dont dispose la société.

C’est le 25e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl. L’histoire est-elle ironique ?

Le monde n’a pas tenu compte de la première leçon atomique. La recherche sur les sources d’énergie alternative est encore l’apanage de gens qu’on ne prend pas au sérieux, alors qu’elle doit être l’affaire de tous. Le rationalisme est dans une impasse. D’où un sentiment suicidaire. Dans le film de Kurosawa, personne ne sait rien. Seuls quelques scientifiques de l’atome connaissent la vérité. L’un d’entre eux est tellement désespéré qu’il saisit son cartable et s’en va dans l’océan pour se suicider, de repentir. Il comprend que son cartable ne contient pas des plans d’avenir, mais des vieux manuscrits, la destruction du monde. Le tsunami au Japon a transformé le progrès en cimetière.

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Allégations Fantaisistes !

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Suite à une étude sur « l’évaluation de l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique », l’Institut de Veille Sanitaire a rendu un rapport accablant.

L’étude a été menée sur le benzène (C6H6) et les particules en suspension dans l’air, d’un diamètre aérodynamique inférieur à 10 micromètres (on les appellera PM10…).

On retrouve le premier élément dans les vernis et les parfums, le second, principalement, dans les tunnels routiers.

Les coupables sont donc tout trouvé : les personnes se parfumant et se mettant du vernis dans les tunnels !

Ah, on me dit qu’une autre carte est disponible, sur le dioxyde d’azote, NO2, que l’on retrouve au environ de toutes les routes, qui comme nous le savons sont bordées de trottoirs où déhanbulent monchalament des milliers de demoiselles !

Il est donc recommandé à celles-ci de ne plus agir de la sorte !

Merci !

Attention : certains militants écologistes se seraient mis en tête que toutes ces pollutions seraient dû à l’automobile. Il est demandé à la population de ne pas croire ces allégations fantaisistes.

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L’animal-cycliste et la jungle urbaine

C’est que pour la masse-automobile, le cycliste est à la fois un mystère et une menace, une forme inclassable dans ses catégories mentales, il est une provocation en soi, un défi et un déni de progrès. Le cycliste fait surgir de la mémoire obscure du peuple de la voiture la figure inquiétante de l’anarchiste, d’une intelligence maléfique toute entière tendue vers la destruction de l’ordre social.

Anthropologiquement, il est l’étranger, le barbare, celui qui ne parle pas notre langue, ne vénère pas nos dieux et n’a cure de nos lois. Il ne peut qu’être dans la transgression -il roule quand les autres sont à l’arrêt, il emprunte les sens interdits, franchit les feux, escamote les frontières urbaines, devient subitement piéton pour filer et disparaître sur ses deux roues sans bruit avec l’agilité de l’animal. Son aptitude à changer de forme -tantôt véhicule lent, tantôt piéton accompagné d’un vélo-, n’a d’égal que sa capacité à changer de territoire ; le cycliste est insaisissable, il est sans lieu, il s’accommode de tous les parcours (chemins de terre, chaussées, parc urbain, etc.), il n’appartient pas à la Cité puisque aucun espace dans la ville ne lui est assigné. C’est un nomade, un barbare bariolé qui inquiète. Comme l’animal ou le nomade, il est maigre, toujours en éveil, aux aguets, et comme eux, il ignore ce que sont la chaleur, le froid ou les intempéries ; il refuse le confort des véhicules climatisés et les bienfaits de notre civilisation matérielle. Comme le sauvage il est nu et sans protection -mais songe-t-il seulement à se protéger ?- il confie sa vie à des médailles luminescentes, bracelets et autres grigris du même genre. Tout sépare la communauté auto-citoyenne, rationnelle, adossée à des siècles de progrès, de ces hommes et de ces femmes-vélos.

[...]

Mais la source de la haine n’est peut être pas dans l’étrangeté radicale de l’usager du vélo ; elle pourrait bien avoir son origine dans la conscience malheureuse du peuple de la voiture. Car, comme souvent dans l’Histoire, c’est l’angoisse et la frustration qui alimentent l’agressivité des foules. En effet, l’époque est décevante, elle ne tient pas ses promesses, le rêve de la croissance illimitée s’est brisé et les lendemains ne chantent plus. La crise du pétrole d’aujourd’hui n’a rien de conjoncturel -elle diffère radicalement de la crise de 73- et on ne reverra plus le baril à 11$. Pour l’automobiliste qui se prive déjà pour faire rouler son engin, l’avenir est gros de menaces et la mémoire d’un passé de pauvreté fait retour. Avec cette mémoire, la peur de la démotion sociale, de la descente, de la perte de statut, fait son chemin sous le crâne de l’homme-auto. La précarité professionnelle, relationnelle s’installe au cœur de la Cité. Les certitudes s’effritent, on peut appeler ça une crise sociale. Le cycliste urbain est le symbole de cette crise ou tout du moins, il la signifie fortement aux yeux de l’automobiliste. La vision du cycliste n’a pas valeur de proposition sociale à la crise, elle renvoie seulement à une perte, à l’inacceptable.

Jean-Pierre VIALA

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Le FLOG

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Le vrai scandale du sel et du glycol

Avec ce mois de neige et d’intempéries, beaucoup se sont plaints de l’approvisionnement en glycol, de l’épandage du sel sur les routes. Ces deux solutions sont souvent attendues comme le messie face aux frimas de l’hiver. Et si le vrai scandale n’était pas là.

Le glycol est le liquide qui sert à dégivrer les avions lorsqu’ils font escale à un aéroport. En effet, avec le poids du givre sur la carlingue, il est très dangereux de faire décoller un avion chargé de kerozène. Cela perturbe également les gouvernes de l’appareil. Le PDG d’Air France s’est plaint du manque d’approvisionnement d’Aéroport de Paris. A Bruxelles, ce fut également la pénurie de ce liquide. De formule brute C2H6O2, ce liquide communément appelé glycol est aussi le dégivrant dans les voitures. Il est toxique à l’ingestion autant pour l’homme que les animaux. La fiche de toxicité présente ici résume les risques de ce produit.

Le sel utilisé pour les routes est loin de notre sel de cuisine. Il s’agit d’un sel à la granulométrie et à l’hydroscopie différente de celui que nous ingurgitons. D’un coût moindre et facilement épendable, il permet de modifier le point de fonte de la neige ou du verglas. Dès que la neige est annoncé, on emploie le sel de manière préventive mais aussi en curatif après la chute de neige ou l’apparition de plaque de verglas. La production de ce sel étant devenue courante et moins couteuse au fil des années, son utilisation en est devenue d’autant plus massive.

Mais tout cela n’est pas sans conséquence sur l’environnement et les matériels. Comme nous l’avons vu, le glycol est hautement toxique tel qu’il est utilisé dans les aéroports. Les équipes chargées de son utilisation sont protégées mais le glycol se mélange ensuite à l’eau de fonte de la neige et du givre et se répend dans les eaux usées au mieux, dans la nappe phréatique au pire. Si son stockage et son utilisation sont réglementées, le devenir du glycol utilisé reste encore dans le flou. Des études canadiennes, l’utilisation en amérique du nord étant plus massive que chez nous, ont montré les taux de rejets enregistrés au niveau des aéroports et des actions ont été entreprises pour en limiter les rejets dans la nature. Les dernières mesures effectuées semblent aboutir à un taux de rejet insuffisant pour une toxicité humaine mais aucune étude n’a été entreprise sur les évolutions des espèces végétales et animales dans l’environnement immédiat de ces sources de glycol. En France et plus généralement dans les pays d’Europe occidentale, aucune étude n’a été faite et on peut penser qu’une démarche d’amélioration peut être entreprise dans le cadre de la certification ISO 14001 des aéroports. Le sujet n’est pourtant jamais abordé clairement.

Pour le sel, l’utilisation ne se limite pas à un lieu mais à toutes les routes de France et même d’Europe. L’efficacité du sel, selon son origine, est aussi diverse en fonction de la neige ou du verglas. Le sel est parfois totalement inutile en préventif et il est plus fréquent d’en voir une utilisation abusive que le contraire. Une fois dissout, le sel s’écoule dans la nappe phréatique et dans les eaux usées. Il contribue à la salinisation des cours d’eau et donc au changement de salinité de l’eau douce. Qui dit changement de salinité, dit impact sur les espèces végétales et animales qui vivent dans cette eau ou l’utilisent pour vivre. Certaines meurent tandis que d’autres prolifèrent à outrance. On observe également des changements sur la composition ionique, la dureté de l’eau. L’eau du robinet en est aussi contaminée avec des taux de sel anormalement élevés. Le sel va également accélérer la corrosion des métaux. Il peut perturber la conductivité électrique.

Heureusement, certaines communes essayent de limiter son utilisation au cas réellement utiles, en localisant son épandage à des zones prioritaires et en investissant sur des chasses neiges plus aptes au déneigement. Car il ne faut pas se leurrer, la solution miracle n’existe pas. Si dans les pays et régions à fort enneigement il est économiquement et techniquement intéressant d’avoir un train de pneus neige ou des chaines, pour des régions où les températures alternent entre -10 et +10 durant l’hiver, il faudrait changer plusieurs fois de train de pneus dans cette période, un pneu hiver étant jugé dangereux au dessus de 7°C (augmentation de la distance de freinage et perte d’adhérence). Des recherches sont entreprises pour des « sels » d’un nouveau type et à l’impact sur l’environnement moindre.

Finalement, le véritable scandale est d’être resté trop longtemps dans des solutions anciennes, polluantes et non maitrisées, puisque cela faisait une bonne décénie que nous n’avions pas eu de fortes chutes de neige. Au même titre que les innondations, tous les risques climatiques sont ignorés car exceptionnels par définition, surtout dans un pays comme la France où nous sommes géographiquement peu exposés. C’est tout une culture de la gestion du risque qu’il va falloir réapprendre avec les amplitudes plus fortes des phénomènes de ces dernières années.

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SPAM sur Hotmail

Je ne l’explique pas mais je suis désolé ! N’ouvrez pas ces mails, c’est tout ce que je peux vous dire. J’ai mis en œuvre des opérations pour tenter d’enrailler ceci, mais je doute qu’il fonctionnent. Encore pardon pour la gène occasionnée.

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Le WWF, le Développement Durable… et Dominique Bourg

« La légèreté, Julia Haake connaît. Cette grande fille mince travaille au WWF à alléger l’empreinte des entreprises partenaires de l’ONG, après un passage au cabinet O2 France puis à la Poste comme directrice du développement durable. Orange, Tetrapak, Ikea et bien d’autres grands groupes coopèrent avec le WWF pour améliorer leurs pratiques en échange de son estampille, bonne pour l’image. Ces expériences de terrain ont conduit Julia à écrire L’Entreprise légère, un premier ouvrage paru ces jours-ci, rédigé avec Basile Gueorguievsky (décédé cet été). »
Les Échos, L’Entreprise légère, éd. Delachaux et Niestlé (250 pages, 19 euros).

« Nous parlons de développement durable depuis plus d’une vingtaine d’années. C’était une tentative pour dissocier la croissance du PIB de la consommation d’énergies et de ressources naturelles. Nous savons maintenant que c’est impossible. Deuxième diagnostic sévère sur le développement durable : ce devait être une démarche de prévention, d’anticipation à l’échelle des problèmes globaux, tant en matière d’environnement que de répartition de la richesse. Or force est de constater que le développement durable est à cet égard un échec, même s’il a inspiré maintes actions intéressantes à une échelle locale, et également pour les entreprises. (…) Repensons à ce que disaient les grands textes fondateurs de la réflexion écologique des années 1970, ceux d’Illich, des époux Meadows, les auteurs du rapport au Club de Rome, de Georgescu-Roegen, Goldsmith ou Gorz. Tous n’envisageaient d’autre possibilité qu’une décroissance des économies. Or nous sommes désormais contraints de considérer à nouveau cette perspective. Tel est par exemple la position défendue en mars 2009 par la commission britannique du développement durable. Le rêve d’un découplage entre la croissance des économies et la consommation de ressources a fait long feu. Il convient donc de refermer la parenthèse du développement durable. Cessons de croire que nous pouvons harmoniser une économie purement financière, dont les instruments visent à rendre impossible toute considération de long terme, et la préservation de la biosphère. Finissons-en avec la rhétorique des trois piliers et d’un équilibre aussi trompeur que mensonger entre les dimensions économique, sociale et écologique. »
Dominique Bourg, revue Études, juillet 2010.

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